Denis la malice

téléchargement (1)Soirée très particulière à la Menuiserie cette semaine avec la venue de Denis Robert, homonyme du célébrissime journaliste d’investigations notamment pour l’affaire Clearstream, dans un numéro décalé de chanteur « escronomiste » tel qu’il se revendique. A mi-chemin entre un côté chansonnier en prises avec l’actualité mais aussi philosophique et lunaire presque en apesanteur, voilà comment on pourrait le définir. Des textes bien ciselés, souvent très sombres qui hésitent entre une certaine tradition réaliste mais aussi un fort goût d’amertume, de l’humour noir et de l’autodérision, pour parler crise et consommation, endettement ou suprématie du dollar, richesse des nantis et souffrance des plus humbles, révolution mythifiée et dérégulation des  marchés. Look volontairement passe-muraille et voix écorchée, juste un accordéon entêtant et volontiers plaintif, il emmaille chacune de ses mélodies de remarques foutraques ou de provocations douces pour interpeller son auditoire. Et comme cette soirée en très petit comité tenait de  la réunion intime,  le rapport au public était spécialement intense. Inspiration anarchiste et libertaire en bandoulière, écorchant avec délectation  tout pouvoir, en particulier financier et économique, il s’aventure même dans une démonstration aussi farfelue qu’inattendue avec une banane et une bouteille de vin sur les effets pervers de la mondialisation et du discours induit, aussi frappadingue que jubilatoire. Une version cours d’économie pour les nuls qui dynamite allégrement la pensée dominante. Arguments triturés jusqu’au nonsense le plus effréné,  justifiés en version FMI et Banque Centrale, mais retournés comme un gant dès que l’on adopte le point de vue de ceux qui sont de l’autre côté de la barrière, c’est d’une efficacité assez incroyable. Détourner par le cynisme une assemblée fantasmée d’actionnaires, revisiter musique intacte mais paroles complétement réécrites quelques morceaux comme par exemple « Le temps des cerises »,  installent une atmosphère vraiment surprenante, où le poétique se mêle au surréaliste, le lyrique au romantisme du grand soir espéré.

Une soirée qui met à l’honneur une certaine tradition de chansons d’inspiration crépusculaire, faussement dilettante et joyeusement ravageuse.

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