Dom Juan a vraiment les boules

téléchargement (4)Partant du constat que les jeunes ne vont pas spontanément au théâtre, près des trois quarts des établissements scolaires du département ont adhéré à l’opération « Collège au théâtre » laquelle est reconduite à nouveau  pour une troisième année consécutive. Et c’est ainsi que la semaine dernière, les élèves de quatrième de Jean Moulin ont débarqué un après-midi à la Maison des Jeunes de Rodez, l’un des quatre lieux partenaires. Au programme, un classique bien sûr, mais dans une version complètement renouvelée pour ne pas dire iconoclaste, puisque la pièce de Molière, Dom Juan, est jouée par un seul et même acteur, Laurent Rogero. Cinq actes et une dizaine de personnages qu’il incarnera successivement ou simultanément, assis sur un cube, lequel est aussi à l’occasion malle aux trésors et ultérieurement deviendra  son tombeau, quatre boules d’argile et une série de masques. Lui, c’est Dom Juan, sûr de lui, hâbleur et coureur de jupons invétéré, les masques rouges, c’est Sganarelle, son valet aussi filou que complice, admirant son maitre certes mais aussi un peu sa mauvaise conscience, et c’est autour d’eux que tout s’articule, que l’intrigue avance pour se nouer ou se dénouer.  Les boules c’est pour tous les autres, il les pétrit, les malaxe, les façonne sur scène, les habille même pour leur donner corps, les métamorphosant tour à tour aussi bien en jeunes filles tombant en pamoison, en paysan au parler patois très coloré qu’en nobliaux siciliens à l’esprit vengeur, et  jusqu’à son vieux père confit en dévotion. Certes c’est d’abord une comédie toute en rodomontade bravache, esbroufe et cynisme, mais on sent bien que derrière ce libertinage compulsif, et le talent de l’acteur y est pour beaucoup, se joue un drame plus personnel qui flirte presque avec la tragédie intime. L’éternel dilemme jamais tranché entre les délices de la séduction perpétuelle et l’engagement amoureux, la monogamie consentie n’étant pour le héros que source de frustration ou de culpabilité, le désir des corps et ses bacchanales de débauches fantasmées  s’accommodent mal de la vertu prêchée socialement convenable, surtout dans le contexte de l’époque… Toutes choses qui ne manquent pas d’interpeller y compris les jeunes plusieurs siècles après.

Les caprices de l’amour demeurent toujours d’insondables mystères.

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