Femme courage

téléchargementOn connaissait dans la terminologie soviétique, les ennemis du peuple, Poutine et sa clique ont inventé une nouvelle catégorie, les personnes non rééducables, en clair tous ceux qui de près ou de loin critiquent son régime, ses abus, la répression qui pèse toujours plus sur les citoyens, la censure et la manipulation omniprésentes. Anna Politovskaïa, journaliste d’investigation à Noveïa Gazeta qui a notamment couvert la guerre en Tchetchénie et ses exactions était l’une d’elle. Malgré sa grande notoriété et les nombreux prix internationaux qui ont salué la qualité de son travail et de ses articles comme celui du Pen Club International ou le Prix Olof Palme pour les Droits de l’Homme, elle a payé de sa vie son engagement,  assassinée au petit matin, le 7 octobre 2006, le jour même de l’anniversaire du dictateur Vladimir Poutine. Etrange coïncidence ou plutôt signature sans équivoque … La pièce de Pietro Massini, « Femme non rééducable » qui était présentée à la Maison des Jeunes de Rodez  par la Compagnie « A l’Ombre du Sycomore » est un texte au fer rouge en forme d’hommage théâtral à cette conscience intraitable. Une seule comédienne en scène dans un espace tout blanc, moitié linceul funèbre,  moitié neige éternelle, qui par bribes retrace à la fois la vie de cette observatrice résolue des atrocités de la tragédie tchétchène et fait l’historique de la présence russe dans le Caucase. De longues séquences dans la pénombre ou à se laver le visage tant bien que mal avec une simple bassine d’eau en disent long sur l’atmosphère de dénuement et de terreur induite qui a cours à Grozny. Le récit implacable des horreurs, massacres d’otages à Beslan ou au théâtre de la Doubrovka de Moscou, tentative d’empoisonnement, menaces et intimidations en tous genres, font de ce texte tranchant et incandescent à l’extrême un témoignage d’une force incroyable sur la Russie actuelle.La vérité est toujours révolutionnaire et l’honnêteté des journalistes courageux sur le terrain sans cesse soulignée, sans emphase, juste avec acuité et détermination. « Prendre position c’est faire preuve d’intelligence » est une phrase qui ne cessera de nous hanter.                           La mise en scène épurée, qui interpelle directement à plusieurs reprises le spectateur, et l’interprétation fiévreuse d’Isabelle Claveaud sont autant d’atouts pour ce spectacle magnifique à méditer longuement et qui laisse le public abasourdi et sans voix.                                                                                                                                                                                    

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