Hors norme

téléchargement (10)C’est un sujet on ne peut plus délicat et qui ne peut qu’interpeller chacun, c’est le cœur même de la pièce de David Harrower « Blackbird », laquelle était en création mondiale à la M.J.C. de Rodez dans une mise en scène Alain Daffos pour la Compagnie La Part Manquante.                                                                                 Un décor impersonnel au possible, néons blafards et plexiglas,  pour un vestiaire d’entreprise, avec juste quelques chaises, une table encore encombrée de restes de repas et des sacs poubelles pleins à ras bord disséminés un peu partout. C’est là qu’ont lieu les retrouvailles douloureuses entre deux anciens amants . Lui, crâne dégarni, combinaison d’usine, elle, look soignée, perfecto près du corps, blonde solaire. Et ils se souviennent. Elle avait 12 ans, il en avait alors 40 et se sont aimés.  Le désordre du plateau fait écho à la tempête intérieure qui les agite à cet instant. De lettres jamais envoyées en non-dits fulgurants, la culpabilité de l’un renvoie au traumatisme de l’autre, « cette relation illicite », « erreur stupide » ou « abus », c’est selon, s’impose comme résilience nécessaire ou dépassement obligatoire. Avec un texte écrit au scalpel qui triture et gratte au plus intime de chacun , ce conflit générationnel et transgressif engendre une tension croissante. Comme une évidence, le spectateur est témoin de ces deux versions engluées dans la gangue de la bienséance et du socialement correct. Les accès de folie qui explosent et les rares moments de tendresse qui rythment ce huis clos étouffant sont des soupapes pour contenir une tension qui devient de plus en plus palpable. De paroles bafouillées en éclats de voix, c’est ce lien ténu mais essentiel qui relie ces deux personnages en déséquilibre permanent. C’est autant psychanalytique que passionnel, obsédant que fondateur pour expliquer des trajectoires singulières dont complexité et ambiguïté sont les ressorts vitaux.  Pudiques ou crues , désenchantées ou convenues, les répliques fusent et mêlent le trouble à l’émotion, la colère à l’équivoque  pour traduire l’indicible de sentiments ambivalents.            On ressort de ce spectacle très riche, le corps en miettes, la tête en ébullition, abasourdi par le malaise sourd qui contraste avec la pureté originelle, les vertiges de l’amour restant ces catalyseurs mystérieusement insondables de l’âme humaine.

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