Le pouvoir des mots ou les mots du pouvoir

téléchargement (3)C’était la soirée festive de l’alter forum qui avait lieu à Rodez, une réponse volontairement différente aux discours ambiants. Et pour ce faire, les associations organisatrices avaient fait appel à un comédien de Castres Gilles Guérin, lequel interprétait seul sur scène une conférence gesticulée de Franck Lepage intitulée «  L’Education populaire, Monsieur , ils n’en ont pas voulu …», une passionnante plaidoirie sur le langage et les glissements sémiologiques induits. L’air de rien, avec son air mi-naïf, mi-débonnaire, avec juste comme accessoire une simple chaise et un tableau de papier sur lequel il décline méthodiquement les divers chapitres de sa thèse, il va illustrer chaque réflexion, chaque pensée pour démonter comment le discours de quelques uns phagocyte le comportement du plus grand nombre. C’est machiavélique de vérité et époustouflant de sens. On feuillette aussi en parallèle l’histoire du Ministère de la Culture, de ses balbutiements version chaos flamboyant époque Malraux via le Festival d’Avignon ou la généralisation des Maisons de la Culture à sa face Jack Lang, Fête de la Musique, paillette et confettis. « De la droite moderne à la gauche contemporaine », tous les travers de la communication et de la langue de bois, ses codes, ses sous-entendus ou ses non-dits sont analysés, disséqués et triturés en tous sens jusqu’à explosés en plein vol. C’est de la philosophie jouissive, de la sémantique conviviale, du concept jubilatoire qu’il détourne avec malice comme dans ce moment haut en couleurs où avec une quinzaine de mots seulement type « lien social, partenariat, démocratie, développement ou citoyenneté » juxtaposés au hasard, il peut produire deux discours de sens totalement différent.                  C’est là qu’on prend conscience que mieux valent des mots justes que juste des mots.          Et en plus, avec ce spectacle, est réhabilitée la mémoire de Christiane Faure, qui, toute sa vie, œuvra pour créer, défendre et pérenniser une certaine idée de la culture, elle fut l’âme de cette Education populaire portée par l’esprit du Conseil National de la Résistance, une personnalité injustement méconnue tant son combat  trouve encore écho des décennies plus tard. Tel Yann Barthès et son petit journal sur Canal Plus qui atomise les images, Gilles Guérin lui explore chaque tournure de phrase ou chaque stéréotype de langage pour en extraire sa finalité, ce qu’il matérialise par un changement de costume tout en souplesse et en rouerie. Ce discours aux accents radicaux fait un bien fou. Alors à nous de le saisir et à travers ce prisme de vérité, plutôt que président syrien disons héritier autoproclamé d’une dynastie sanguinaire, territoires occupés plutôt que colonies israéliennes ou chômeur plutôt que sans emploi, ce sera ainsi affaire de justice et d’équité.                           Les mots en tête pour éviter les maux de tête.

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