Le roi délire

Toujours du Shakespeare avec cette fois-ci pour la Compagnie Procédure Inachevée, l’autre troupe qui fait les beaux jours de la M.J.C. d’Onet le Château, « Le conte d’hiver », une tragi-comédie en cinq actes écrite dans la période dite tardive de l’auteur. D’emblée le metteur en scène Olivier Royer explique son parti pris: seuls seront donnés les trois premiers actes, ceux qui s’articulent autour de la jalousie maladive du Roi de Sicile, lequel soupçonne sa femme d’adultère avec son ami d’enfance. Dans un décor fait uniquement de tentures noires, il est là, massif et composite, joué par un chœur mixte de huit comédiens, jamais le pluriel de majesté n’aura aussi bien porté son nom, car tous, soit ensemble, soit individuellement font faire vivre ce personnage central, tantôt despote inquiétant et ambigu, tantôt père inconsolable. Habillés de tuniques noires volontairement dépouillées, façon paysans aux pieds nus époque Mao, les yeux outrageusement maquillés, chacun y va de sa partition personnelle pour incarner telle ou telle facette, mais cette multiplicité montre ses limites car l’identité profonde du monarque se dissout parfois. En face, Hermione, la reine, vestale virginale et fragile, vibre de courage et de force tranquille, celle des indignés qui face à l’ignominie et la calomnie, brandissent fièrement sens des valeurs, honneur et respect. Quant aux autres personnages ils se distinguent surtout par leurs costumes éclairés de taches de couleurs, rouge ou mauve, voire gris pour le serviteur douloureusement confronté au choix de sa fidélité. Innocentée par l’oracle de Delphes- vox dei, vox populi ?- la mort forcément inéluctable de la souveraine continuera de hanter chacun. Soupçon insidieux, trahison sincère ou vengeance implacable, il y a certes tout le poids de la représentation historique et sociale de l’époque, dans laquelle les femmes et les humbles pèsent aussi peu, où « la tyrannie remplace la justice » et « la vérité est plus forte que les larmes » mais cette pièce ne manque pas d’échos avec le monde contemporain. On  peut cependant s’interroger sur certains anachronismes incongrus comme des tasses de porcelaine servies sur un plateau métallique ou un fauteuil roulant. La « fin » au troisième acte avec cet orage monstrueux qui laissera vivante la petite princesse, conclut, grâce à des tissus tout en voiles ondulantes, d’un souffle de légèreté aérienne cette pièce qui s’étire un peu trop.

On pourra revoir ce spectacle, le mardi 28 Juin au cinéma de Baraqueville ou le vendredi 1er juillet à la salle paroissiale d’Onet le Château toujours à 21 heures.

 

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s