La rumeur en plein coeur

Le pari cette année de la Compagnie des Souliers Troués était très osé. Adapter la pièce célébrissime de Shakespeare « Beaucoup de bruit pour rien » est tout sauf évident. D’abord parce que depuis plus de quatre siècles, cette comédie populaire a été montée et adaptée maintes et maintes fois tant au théâtre qu’au cinéma. Ses cinq actes abondent de tant de tirades et de bons mots qui brillent de malice et d’impertinence que chacun se plait à retrouver tout au long d’un texte dense et qui se développe sur plus de deux heures qu’il faut absolument  trouver un angle particulier. Olivier Royer le metteur en scène a choisi la sobriété quant au décor, de simples estrades à géométrie variable, mais des costumes tout en jabots, pourpoints, capes ,plumes et masques du plus bel effet, qui installent une atmosphère entre carnaval de Venise et mondanités aristocratiques XVIIème siècle.

Mariages arrangés ou amours contrariées, impostures et jalousies, calomnies et complots, soupirs ardents ou passions enflammées, rien ne manque dans cette histoire qui interroge sur l’identité et l’intime de chacun. A la morale induite de l’époque, virginités innocentes des unes ou séductions appuyées des autres, les acteurs répondent par des clins d’œil d’anachronisme bien senti et de  bouffonnerie irrespectueuse qui mêlent plaisir et complicité de bon aloi. C’est ainsi que l’on croise la clone hippie de Céline Dion -ébouriffante Nadège- à l’accent québécois dégoulinant de sirop d’érable, ou un parrain de la mafia à faire pâlir Don Corleone lui même, et même une déesse Vishnou à quatre mains tombant en pâmoison. Dans cet esprit iconoclaste et frondeur, démultiplier certains rôles – mais heureusement pas tous – ajoute encore une distance de fantaisie jubilatoire qui permet de se laisser emporter avec bonheur par cette comédie d’une précision de métronome. On sait bien sûr que cela ne peut finir que par un happy end mais la double union des deux cousines, brillante révoltée ou ingénue candide, ouvre des perspectives réjouissantes et prémonitoires sur l’image des femmes qui ne manquent pas d’interroger notre monde actuel. 

On pourra revoir cette pièce enlevée et enthousiaste, le samedi 25 juin à la salle paroissiale d’Onet le Château ou le mercredi 29 au cinéma de Baraqueville toujours à 20 heures.

 

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