Echecs et maths

téléchargement (4)Dernier rendez-vous de la saison à la Maison des Jeunes de Rodez avec le Théâtre des Anneaux  avec « Die proebe » une pièce d’un jeune dramaturge suisse allemand Lukas Barfüss. C’est une famille d’une banalité affichée qui va imploser et se désintégrer suite à un test de paternité révélateur de non-dits et de doutes enfouis. Il faut dire que les comédiens sont habillés uniformément, tous d’un blanc virginal provocant, sauf une, d’un noir profond, celle dont « la faute » fait écho aux vernis des conventions qui font se tenir ensemble toutes les parties d’un tout qui n’est plus. Dans ce monde familial, chacun à un moment ou un autre est comme l’inconnue sur laquelle repose l’ équation à résoudre. Ces cinq personnages qui voudraient souvent se définir par couples, ne fonctionnent en fait que sur le déséquilibre du triangle, la culpabilité en abscisse et le mensonge en désordonnée. Géométrie de l’espace et des sentiments, à la verticalité génétique s’oppose l’horizontalité des cœurs avec comme fracture indicible la diagonale de la folie. Toutes ces lignes de fuite rayonnent  à partir d’une bassine d’eau circulaire qui  tient autant de Ponce Pilate, de l’œil unique du cyclope que de celui de Caïn. Cela renvoie comme une évidence, au-delà  des costumes savamment agencés, au nombril apparent de chaque individu, qui s’impose comme symbole de transmission biologique mais aussi résumé de ses propres limites. Chaque déplacement ou au contraire pose statique ne peut s’appréhender que comme une volonté de stratégie pour savoir qui a un coup d’avance, un théorème de l’affect. L’aridité émotionnelle des caractères résonne comme un défi à l’ordre établi, bercé par la musique cristalline de Barry Lindon, quelque part entre la quête psychanalytique d’un Petit Poucet en mal d’abandon ou la perversité revendiquée des films de Peter Greenaway. Du karma au doute, du mépris à la vengeance recuite, du courage à la lâcheté, de l’oubli ou de la générosité nul ne sait quelle est l’issue. Ce qu’illustre d’un supplément de trouble, l’apparition sur un écran, lettre après lettre, dans un désordre rationnel, d’une citation d’Euclide, figure tutélaire de l’univers mathématique. La mise en scène de Christian Touzé, volontairement minimaliste, nous installe d’emblée dans la problématique mais exige de chaque spectateur un surcroît d’attention pour s’approprier les clés qui permettent de se mouvoir dans ce labyrinthe relationnel.

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