Here’s to you

images (6)C’est une page sinistre de l’histoire politique et judiciaire des Etats-Unis d’Amérique contemporaine qui fait la trame de la pièce de Manuel Pratt qu’il a jouée avec Jean-Marc Santini à la Menuiserie la semaine dernière.  « Sacco et Vanzetti  »  c’est pour beaucoup de gens, d’abord une chanson inoubliable de Joan Baez qui leur rend justice, c’est aussi un film magnifique de Giuliano Montaldo jadis primé à Cannes. Là le regard est différent. Il s’agit de reprendre méticuleusement les minutes du procès au travers de la confrontation des deux avocats. Il y a d’abord la fougue de Maître Fred Moore pour la défense qui ne cesse de démontrer, en accumulant les preuves les unes après les autres, l’innocence de ces deux humbles italiens fraîchement débarqués sur le sol U.S. Face à lui, Maître Katzmann pour l’accusation, qui représente l’Etat du Massachusetts, veut à tout prix leurs condamnations pour une affaire réduite à un hold-up sanglant et criminel. Sauf que dans ces années 20 le contexte social, politique et international est très tendu. L’un est ouvrier fraiseur dans une usine de chaussures, l’autre devient poissonnier ambulant après avoir été renvoyé pour fait de grève. Comme nombre de leurs compatriotes, ils sont au bas de l’échelle et seront sensibilisés à la lutte sociale. Leurs sympathies anarchistes signeront leurs condamnations à mort. Entre l’arrestation le 5 mai 1920 et l’exécution sur la chaise électrique le 23 août 1927 peu après minuit, les appels pour la révision du procès n’ont pas manqué, surtout que le vrai coupable s’était dénoncé. En vain. La machine à broyer était en marche. Il faudra attendre un demi- siècle jour pour jour  pour que le gouverneur Dukakis ancien candidat démocrate à la présidence ne les réhabilite le 23 août 1977.  Dans cet affrontement feutré sous vernis légaliste on sent poindre une évidente lutte des classes. A « ritals pouilleux » répond « l’anarchie est l’amour des autres », la cravate rouge symbolique de la défense fait écho aux manœuvres sans fin de l’accusation. De ce combat sans issue où ostracisme et peur de l’étranger font le lit de l’exclusion, les deux avocats tireront des conclusions diamétralement opposées. L’un touché dans son honneur et ses certitudes ne plaidera plus jamais et deviendra vendeur de plaques minéralogiques, l’autre avocat d’affaires évidemment.

L’évidence et la force des propos sont relayés avec tant de calme et de détermination que les spectateurs, pris à partie comme jurés, sont bouleversés et l’émotion devenue palpable hante pour longtemps chacun. De ce monologue à deux voix nul ne sort indemne, c’est dire s’il s’agit d’une réussite totale toute de maîtrise et de conviction.

Ce spectacle est à voir ou à revoir au prochain Festival d’Avignon.

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