Surménage à trois

images (1)Trois immenses amphores entourées par la dame de Saint-Sernin et ses congénères, ce n’est pas que le musée Fenaille ait enrichi sa collection archéologique, juste que la Compagnie Oui Bizarre vient de prendre possession des lieux. A l’intérieur de chacune des poteries, un personnage soit donc H, F1, et F2 et quelles sont les propriétés de ce triangle quelconque?  C’est à cette question que Samuel Beckett essaie de répondre avec « Comédie » pièce à acte unique dont Anthony Minghella tira en 2000 un film avec Kristin Scott-Thomas. Ces trois personnages sont enfermés physiquement et intellectuellement, englués qu’ils sont dans une banale affaire d’adultère. Ils essaient de se justifier encore et encore. Par trois fois les mêmes mots, les mêmes situations, les mêmes répliques. Seules varient l’intonation vocale et l’intensité des lumières qui découpent l’espace réduit au minimum. D’une cacophonie à plusieurs voix,  brouillonne et confuse, on s’oriente peu à peu vers une  mélopée douloureuse où la musicalité de chacun s’imbrique à celle des deux autres. Plus de faux-semblants ou de petites mesquineries, de plaintes jalouses ou de gémissements grommelés, c’est vers un oratorio non synchrone que l’on glisse insensiblement avec la volonté de tordre les mots dans tous les sens, de leur faire rendre gorge, de s’en extraire, ce qui explique aussi bien les incises en anglais originel que les hoquets et autres soubresauts. Et la fin, où les personnes disparaissent dans leur gangue tout en continuant à chuchoter, susurrer et  bredouiller rancœurs et  ressentiments, achève de donner à cette  partition inachevée une note de douleur lancinante et poisseuse entre confessions impudiques et crises existentielles. D’aucuns pourront trouver cela comme le summum de l’absurde et être fascinés par ce que cela remue d’inconscient inavouable, d’autres pourront rester dubitatifs devant ce qui relève aussi de problématique intellectuelle un peu vaine. Mais l’idée de mise en scène d’Isabelle Luccioni à retenir, c’est surtout d’avoir fait se rencontrer dans une pénombre voilée des jarres humanisées avec d’énigmatiques statues-menhirs comme une mise en abîme définitivement suspendue.

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