La belle et Macbett

téléchargement (2)Assister à une représentation d’une pièce d’Eugène Ionesco est toujours aussi délicieusement jouissif. Et la compagnie des Dramaticules qui proposait « Macbett » mardi soir à la Maison des Jeunes de Rodez s’inscrivait parfaitement dans ce registre. En prologue, devant le rideau éclairé par la seule lueur d’un briquet, un comédien nous donne une définition du théâtre par ce maître de l’absurde : « Une fable racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui ne veut rien dire » . Le ton est donné . On connaît la trame de ce drame historique où se joue la succession du roi d’Ecosse au XIème  siècle dans un mélange de trahisons successives, de conspirations, de folies et d’adultères. Sauf que là, si on nous propose bien une version avec son lots de duels à l’épée et de costumes tout de velours, le plus intéressant se retrouve surtout dans la façon dont les sept comédiens se démultiplient et s’emparent des textes qu’ils triturent à souhait. Tour à tour, on les voit complices chuchotant, adversaires vociférant, perfides complotant à voix basse, soldats hurlants ou souverain invectivant, et ces modulations de tons et de tempo installent une atmosphère entre tragédie grotesque et fantaisie poignante. Le bateleur de foire résolument anachronique micro en main côtoie le monarque rongé par la puissance, la reine supersexy se dédouble en sorcière malefique. Entre tyran installé et usurpateur déterminé, la frontière est mince et c’est toujours sur le fil que se joue ce qui est avant tout une comédie humaine sur le pouvoir, sa conquête et  les jalousies qu’il génère. Débits saccadés ou joutes montées en parallèle, on plonge toujours plus avant dans les arcanes troubles de l’âme de chacun entre vanité et frivolité. Cette logique de l’absurde est une mécanique d’une précision diabolique et perverse où le moindre détail est toujours susceptible de renverser cet équilibre instable derrière lequel se mêlent  « ennemis cupides ou amis dangereux » . C’est dire si cette pièce machiavélique se plait à enchevêtrer les genres pour ouvrir des perspectives multiples où chaque spectateur est libre de se projeter.

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