On sera tous vieux un jour …

téléchargementElles ne manquent pas de culot les deux jeunes artistes de la Compagnie La Grosse Situation, Alice Fahrenkrug et Cécile Delhommeau. L’une d’ascendant chouan pure vendéenne, l’autre moitié allemande  non revendiquée se démultiplient à volonté pour interpréter leur propre pièce « La conserverie des vieux » en tournée toute cette semaine dans notre département. Faut dire qu’elles n’ont pas froid aux yeux et s‘attaquent sans rond de jambes ni faux-semblants à un sujet susceptible d’en fâcher  plus d’un : les vieux et la place qu’on leur concède dans notre société actuelle. Et oui ceux là même que l’on s’efforce de cacher tout au long de l’année sous des vocables autrement plus consensuels autant qu’hypocrites de « nos aînés », « le troisième âge », « les seniors » et autres « carte vermeil » ces vieillards si distingués, on ne les ressort de la naphtaline qu’au moment des élections car ils ont bien souvent le bon goût de préférer l’immobilisme et l’ordre face aux folles chimères agitées par ces bandes de djeuns incontrôlables. Ces retraités, on ne les tolère parmi nous que cranes luisants ou cheveux clairsemés bien permanentés mais résolument dynamiques, revenus confortables et moteurs d’une économie grise. Ecrits au travers de leurs histoires personnelles et de l’affect ressenti mais aussi via des témoignages recueillis à la source, c’est à une galerie de portraits incisifs et criants de vérité que l’on assiste. Et pour mieux signifier que la vie se rétrécit toujours plus, l’espace scénique est volontairement très réduit. D’une part il y a des rangées de spectateurs installés directement sur scène, mais en plus le peu qui reste est lui-même bordé par trois néons et un mur de boites de conserve empilées façon jeu de massacre. Le décor se limite à quelques pliants sans âge, deux abats-jours fatigués, quelques vieux magazines adéquats style Notre temps, des thermos de café et ses tasses sans oublier bien sur les indispensables petits gâteaux. De goûters dansants en albums de famille que l’on feuillette avec nostalgie et tendresse, de petites attentions toutes simples en détresse douloureuse, de solitudes dévorantes en pudeurs partagées, c’est un état des lieux pleine cible baigné d’humour noir et grinçant qui ne peut laisser personne indifférent. Derrière leurs blouses noires passe-partout, les deux comédiennes pétillent d’intelligence et de malice, les réparties et les bons mots volontiers crus affleurent. Ni misérabilisme ni compassion, leurs regards pleins de lucidité amère forcent le respect et sont avant tout un hymne à la vie.

« On vieillit comme on a vécu » il n’y a pas plus belle conclusion pour ce spectacle volontiers iconoclaste mais o combien  réjouissant.

Publicités
Cet article, publié dans Théâtre, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s