L’année du Mexique

C’est aux relations entre le Mexique et Antonin Artaud que cette année l’Association éponyme animée par Mireille Larrouy avait choisi de consacrer tout un week-end. Parmi les   moments forts était la projection à l’auditorium de l’Ecole de Musique d’un moyen métrage de 52 minutes prévu à l’origine pour être diffusé à la télévision  « Artaud et les Tarahumaras » coréalisé  par Raymonde Carrasco et Régis Hebraud, lequel était présent dans la salle. Synthèse de plusieurs films réalisés sur une quinzaine d’années sur les traces du poète, en miroir de textes de celui-ci quant à son expérience vécue chez ces indiens quelques décennies plus tôt écrits jusqu’à quelques jours de son décès, c’est surtout un documentaire intimiste qui essaie de s’approcher de certains rituels et autres cérémonies initiatiques d’un peuple sans écriture à la mémoire essentiellement orale en danger de disparition progressive. Entre regard d’ethnologue ou d’anthropologue sur les Tarahumaras, étymologiquement -le peuple  aux pieds qui courent- un peu dans la même veine que les films de Robert Flaherty ou Jean Rouch, la démarche suivie nous fait mieux appréhender ce qu’Artaud était venu chercher si loin de l’Europe. Outre se refaire un corps défait par la souffrance et les psychotropes, c’était une autre idée de l’homme et un rapport novateur avec l’art dépoussiéré « de plusieurs siècles de culture bourgeoise ». Depuis les peintures traditionnelles jusqu’aux jeux ancestraux en passant par les danses fondatrices sur roulements de tambours, on plonge au plus près de l’âme de ce peuple, précipité de races innombrables ». La lecture en voix off de quelques pages d’Artaud par Philippe Clévenot  ajoute un surcroît d’incantations profanes à une certaine mystique sacrée. Le lendemain matin, pour conclure ces journées, avait lieu une conférence très claire et très informative ponctuée d’extraits de ses écrits ou de perspectives ouvertes par Le Clezio lus avec le soupçon de théâtralité et de gourmandise inspirées nécessaires notamment par Christian Touzé de la Troupe des Anneaux. Tout cela prolongeait avec bonheur ce rêve mexicain de l’artiste mi-visionnaire, mi-exalté, et toujours pétri de contradictions, dans sa quête de l’âme magique et de l’esprit primitif de l’art indigène.

Ces rencontres autour d’un poète complexe, d’où chacun repart ensuite plus curieux et plus avide de connaissances ont su devenir indispensables. 

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Un commentaire pour L’année du Mexique

  1. Artaud, une pensée à découvrir, il a tellement d’avance qu’il n’est pas dépassé.
    Merci pour le clin d’oeil Jean-Jacques.
    Christian Touzé

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