El pueblo unido jamas sera vencido

téléchargement (5)A l’Amphithéâtre de Rodez, le rideau se lève sur une scène bucolique. Lentement, au ralenti, les paysans se mettent à l’ouvrage. Des gestes simples, traditionnels, ancestraux, les travaux des champs tels qu’illustrés maintes fois depuis les enluminures. Nous sommes au XVème siècle à Fuenteovejuna, un petit village au fin fond de l’Andalousie où règne une sérénité généreuse qui se traduit par des scènes de joie, de rires et de danses. On se prépare à célébrer les noces de deux jeunes du cru. Le drap des lavandières se métamorphose en dais de cérémonie avant peut être de devenir  linceul. Ce petit paradis forcément idyllique est confronté soudain à l’arrogance et la violence imposées par le seigneur féodal, lequel s’autorise outrages en tous genres et droit de cuissage en particulier. Mais le courage, l’abnégation, la solidarité et la révolte des peones vaincront la tyrannie . Voilà le décor posé dans lequel la Compagnie Antonio Gades va évoluer. Inspirée d’un fait divers authentique jadis narré par Lope de Vega, un des grands noms du Siècle d’or espagnol, ce drame se décline ici en chorégraphies poignantes autant que subtiles, en musiques  festives et réinventées qui mêlent la pureté du flamenco, la suavité du baroque à des accents classiques ou des sonorités quasi ethniques. Cette tragédie de fureur et de sang se déroule en une succession de tableaux directement inspirés des œuvres de Goya par leur coté flamboyant et funeste, désespéré mais combatif par l’espoir entretenu. C’est Carmen prenant la Bastille ou Gavroche sur les barricades. Il y a la fougue des duels perdus des corridas, les combats âpres des humbles face à l’oligarchie, l’enthousiasme des plus nombreux contre l’insolence insupportable des nantis privilégiés. Gilets près du corps ou amples robes froufroutantes, les costumes tout en nuances de gris et d’ocre des gens du peuple ajoutent une teinte de douceur partagée face aux uniformes guindés et agressifs du despote et de ses sbires. Les voix, les guitares, les déplacements des danseurs, tout concourt à exalter ce drame latent que l’on devine inéluctable. Les claquements des mains et des pieds, les jeux de lumières et les enchaînements d’une fluidité extrême rythment de romantisme révolutionnaire et de confiance lyrique chaque séquence. Visuellement exquis, c’est une successions de faenas rageuses et sensuelles tendues vers l’estocade finale. Un spectacle magnifique de bout en bout.

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