L’amour à mort

téléchargement (9)Carole Bouquet a fait l’événement mardi soir à la M.J.C. Invitée de l ‘ Association Antonin Artaud, elle venait présenter « Lettres à Génica », extraites de la correspondance fiévreuse que le poète entretint pendant plusieurs années avec une de ses condisciples de la troupe de théâtre de Charles Dullin dont il était absolument raide dingue. Rodez était une escale inattendue pour ce spectacle actuellement en tournée mondiale, juste après Tripoli et avant Montréal ou New York. Décor a minima, robe noire de deuil pour mieux dissoudre une relation aussi brève que tumultueuse, nécessaire que dévorante. Ces lettres brûlent de passion incandescente  mais de celle qui fait très peur car on la pressent tout de suite mortifère, envahissante jusqu’à en devenir quasi  pathologique. La souffrance est intense et bouleversante, cette quête de « l’amour parfait, céleste »  ne peut que se nourrir d’absolu et d’idéal, s’alimenter de désespoir et de névrose pour se désagréger dans l’angoisse et le néant. Au fil de ces courriers datés début des années 20, Antonin Artaud se révèle écorché vif, faible, lâche, impuissant, terriblement torturé, outrageusement exigeant et ego centré mais d’abord et surtout ivre d’amour pour Génica Athanassiou. Il l’empoisonne de sa tendresse, l’étouffe de ses sentiments et lui s’englue dans ce qu’il sent inexorablement lui échapper. Tout à tour ce  sera « ma douce roumaine, ma belle femme, mon amie, mon ange »  pour finir en « ma sœur, ma confidente » et en filigrane apparaissent des opinions aussi tranchantes qu’irrévocables  sur le monde artistique qu’il côtoie. « De la bande de cons des surréalistes » ou « le cinéma, je m’en fous » on reste ainsi au plus profond de son intime entre indicible et insupportable.  Diction exaltée ou voix fébrile, Carole Bouquet incarne cette  ferveur destructrice dont seules  quelques pauses musicales entre Nino Rotta et opéra permettent à intervalles réguliers de souffler momentanément pour replonger toujours plus loin en apnée dans les mystères de l’amour, quitte à s’y noyer.

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