Mortelles randonnées

téléchargement (3)Si certains en doutaient encore les défunts de nos cimetières ont tous une histoire. Car la mort c’est d’abord la fin d histoires de vies plus ou moins complexes, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines. C’est ce que le spectacle « Rafales »  présenté la semaine dernière à la Maison des Jeunes de Rodez  a montré sans ambiguïté. Et comme la compagnie du Théâtre Incliné vient du Québec, c’est aussi un grand voyage au travers de l’Acadie légendaire, de ses racines comme l’héroïne mythique qu’est Evangéline et le Grand Dérangement, un euphémisme qui cache une déportation massive de populations à la fin du XVIIIème siècle ou la place des premières nations comme on dit la-bas, telle la tribu des Micmacs. Voila donc rapidement brossé le contexte géopolitique sur lequel en préambule les élèves du Lycée Foch avaient eux aussi intelligemment apporté leur éclairage en présentant quelques instantanés issus de leur travail en amont sur des photos de cette région canadienne. Dans cette pièce donc, trois trépassés découvrent un matin avec effroi que les éléments et l’érosion ont détruit pour partie leur cimetière bien à eux, celui des « Affreux » que nul jamais ne visite, mais où ils ont su tisser convivialité et respect et que l’un d’entre eux manque à l’appel, peut-être définitivement  effacé de la mémoire de tous… Pour ce ballet macabre, ils ont revêtu leurs plus beaux costumes d’apparat, tout en guenilles très classe, aux couleurs défraîchies magnifiquement froides. Leur visage blafard exprime tout en nuances inquiétudes, doutes et  espoirs. Ils évoluent dans un décor très sophistiqué qui lors de la scène finale se révélera une silhouette de voilier, avec bien sur tout ce que cela véhicule d’idées pour d’autres ailleurs possibles. La mise en scène est particulièrement subtile en ce sens qu’elle allie manipulation de marionnettes, théâtre d’ombres et comédiens en chair mais surtout en os pour nous embarquer dans tous les sens du terme vers d’autres horizons.

Ces chroniques de cimetières sont tout sauf lugubres, sinistres ou funèbres, elles portent au contraire une vitalité incroyable, la force de la volonté capable de faire échec à la fatalité du destin, de quoi se gratter le crane forcément.

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