Mon oiseau des iles

Dans le cadre du mois du film documentaire la médiathèque de Rodez a offert ses cimaises à Didier Labertrandie, un journaliste local. Vingt clichés datés de la fin des années 90 en noir et blanc sur l’immigration matrimoniale en Aveyron constituent l’exposition intitulée « Filles des Iles ». Depuis la fin des années 60, dans notre département, frappé de plein fouet par l’exode rural, nombre de petits paysans ou artisans se retrouvent seuls et désemparés sans savoir comment assurer la transmission de la sacro-sainte propriété. Alors par le biais d’agences matrimoniales plus ou moins honnêtes ou par petites annonces interposées ces hommes célibataires sont entrés en contact avec ces femmes « exotiques » candidates à l’émigration qui « rêvaient de  la métropole comme d’un Eldorado ». Nombreuses étaient ces prétendantes qui ne connaissaient bien souvent du décor que son coté glamour entr’aperçu à la télévision .Mais toutes avaient de bonnes raisons de vouloir fuir leur condition sociale voire de s’affranchir de la couleur de leur peau .Et pourtant il y avait beaucoup plus que des milliers de kilomètres entre ces hommes et ces femmes venues des îles ou d’Afrique, les unes parlant créole, les autres la langue d’oc. Comment ces couples mixtes au plus profond de nos campagnes ont su apprivoiser leurs différences en cultivant le respect mutuel mais aussi se mesurer au regard des autres, voilà l’essence du travail de Didier Labertrandie. L’attention qu’il porte à ces familles, à ces histoires intimes faites de chair et de sentiments, est au cœur de cette exposition. Ses photographies essentiellement prises autour de la cheminée ou de la cuisine fleurent tour à tour espoir et bonheur simple pour tous ceux qui sont trop souvent confrontés dans leur vie quotidienne au mélange bouillonnant de racisme larvé ou de xénophobie rampante mais aussi  un certain malaise dû au décalage générationnel et culturel.  Wim Wenders recevant à Cannes il y a quelques années  la palme d’or pour Paris Texas déclarait « On peut changer le monde en changeant les images du monde », cette exposition juste et émouvante s’inscrit tout à fait dans cette perspective. A voir jusqu’au samedi 27 novembre.                                                                                                

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