Miracles à la cour

AFFICHE-LES-PLAISIRS-DE-VERSAILLES-RODEZ_200

En ce temps-là, le petit peuple de France s’épuise de durs travaux en famines chroniques. En ce temps-là, à Versailles le tout puissant Roi de droit divin fait bombance et trompe son ennui en fêtes somptueuses. En ce temps-là, déjà, à la misère quotidienne et à la détermination courageuse du plus grand nombre répondent l’arrogance du mépris et le luxe obscène de la monarchie et de ses courtisans. C’est le contexte qu’il faut garder en tête pour déguster lentement « Les plaisirs de Versailles » l’opéra baroque de Marc-Antoine Charpentier que proposait le département de musique ancienne du Conservatoire de Rodez. Et de façon paradoxalement anachronique c’était  à La M.J.C et non à la Chapelle Royale qui n’aurait pourtant pour l’occasion jamais aussi bien porté son nom. D’un divertissement badin à l’intrigue futile, à savoir un affrontement moucheté entre Musique et Conversation qui se disputent les faveurs de Sa Majesté, Sophie-Caroline Schatz a tiré grâce à une mise en scène résolument iconoclaste des accents étonnamment modernes. C’est ainsi que l’ensemble des choristes maquillés de blancs, robes du soir ou dandys en panama évoluent  autour d’un cocktail mondain, s’amusent de jeux de cartes ou d’échecs géants comme au casino, que l’on glisse insensiblement d’un menuet classique à une chorégraphie d’avant-garde pour s’achever quasiment en démonstration de G.R.S sensuelle avec des mouvements de cascade tout en grâce…L’intelligence du spectacle est aussi d’avoir remis à l’honneur un autre rapport à la rythmique et la musicalité autour du clavecin délicieux à souhait. Pour parfaire jusqu’au plus petit détail cette exquise fantaisie, place à la gourmandise car quand sur scène la Cour privilégiée se pâme de plaisir et se prend de passion insensée pour le chocolat si exotique et limite sacrilège, dans les gradins aussi, quelques-uns sont conviés à en déguster aussi. Et au final, tous les spectateurs, représentants du bon peuple, sont d’ailleurs invités eux aussi à chanter tous ensemble comme pour participer de loin aux miettes du festin…C’est donc une version incroyablement contemporaine et politique qui fait la part belle à la  fidélité historique sans en occulter d’étonnantes résonances actuelles.                                                                             Ce projet, fruit de presque un an de travail tant scénique que musical mérite absolument  d’autres représentations car c’est une réussite exemplaire à consommer sans modération.

 

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