Z comme Zucco

 « Roberto Zucco » avant d’être une pièce écrite par Bernard Marie Koltès, c’est d’abord un fait divers tragique, la dérive meurtrière dans les années 80 d’un tueur en série entre Italie, Suisse et France. Parricide déclaré « schizophrène » par la justice italienne, ce qui, dans ce pays, à cette époque, le rend inaccessible à une sanction  pénale, il est interné dans un hôpital psychiatrique dont il s’évadera au bout de quelques années. Et c’est cette cavale sanglante que cet auteur de théâtre volontiers subversif, déjà rongé par le sida qui allait l’emporter l’année  suivante, a voulu rendre par une succession de coups de projecteurs rapides, violents, nerveux, tendus à l’extrême et pour tout dire vite étouffants. Pour rendre palpable à la fois la folie du personnage mais aussi son extrême complexité psychique, Olivier Royer qui signe cette mise en scène pour la troupe ruthénoise « Les souliers troués » a choisi la sobriété et la proximité. Un tapis, rouge forcement, déroulé au plus près des spectateurs et juste quelques meubles insignifiants de banalité. Les comédiens, au début tous en tenue camouflage de commando, entrent progressivement  dans la peau des différents protagonistes qui tous sont confrontés à l’exaltation de Zucco. Du commissaire très déterminé à la jeune lycéenne à la dérive avec qui il noue une relation d’une extrême ambigüité, tous sont désarçonnés par la personnalité très complexe de cet  « assassin sans raison » pour reprendre le titre d’un livre de Pascale Froment consacré à cette histoire terrible et qui servira aussi de point de départ pour le film de Cédric Khan sorti en 2001. Du meurtre quasi amoureux de sa mère castratrice à l’exécution froide d’un policier, d’une prise d’otages qui tourne mal au suicide inexorable, ce drame nourri de ferveurs inabouties et de passions charnelles se situe dès l’origine sous de mauvais augures. Et ce mélange vénéneux et mortifère se dénoue dans un final extrêmement inspiré et quasi solaire qui voit les quatre interprètes successifs de Zucco installés sur une estrade dérouler leurs doutes existentiels dans un  moment hallucinant  qui met à mal les limites entre le mysticisme et la folie humaine.

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