Entre douleur et nostalgie

imagesPour conclure ce douzième mois Artaud toujours aussi éclectique, rendez-vous était pris avec une pièce de théâtre de Manuel Pratt « La Valse des hyènes », une autobiographie toute en pudeur et retenue qui revisite à la fois son histoire intime et ses rapports à l’Histoire contemporaine au travers du prisme du judaïsme. Car même s’il a été élevé dans des écoles catholiques, a joué avec des potes gitans du coté de Perpignan,  sa vie et les souvenirs qu’il nous propose le montre triplement victime car « fils unique, juif et à l’écart » un peu le pendant catalan de Sammy Davis qui lui se revendiquait juif, noir et borgne. Alors dans un monologue en face à face, touchant et très nuancé, il nous déroule sa vie, laquelle commence par la découverte fortuite, à l’âge de 6 ans, chez sa grand-mère, sous un tas de charbon du corps d’un allemand poignardé. Et c’est le début d’une pelote qu’il va dévider peu à peu. D’abord l’histoire de sa famille, entre un père militaire de carrière qui a abandonné le domicile familial et qui est très fier d’avoir torturé dans les colonies, sa mère qui l’étouffe de tendresse et l’aïeule qui entretient la mémoire de la shoah. Cette violence des situations est omniprésente. Buchenwald et achtung font partie très tôt de son vocabulaire jusqu’à la description d’une terrible scène de viol, les spectateurs sont suspendus à ses lèvres. Manuel Pratt sait raconter et captiver bien au-delà des anecdotes savoureuses qui campent si bien la période, du repas dominical interminable où enfant il s’ennuie immanquablement, la confession détournée comme un moyen de draguer et autres séance de diapositives bondissantes. C’est à la fois la nostalgie de l’enfance et d’une période révolue mais aussi  la pertinence du regard sur le monde qui l’entoure. Et l’humour juif fait passer tant de choses même les plus horribles. Et comme il est nourri de références cinéma, on retrouve autant la gouaille maladroite d’un Woody Allen s’épanchant sur ses problèmes de cœur que la posture virile d’ Humphrey Bogart toisant l’assistance. On rit, on est ému on souffre aussi, les blessures et les doutes, les joies et les peines ont construit un acteur singulier qui n’hésite pas, toujours sur le fil, à proposer malgré toutes ses épreuves un message d’humanité et de fraternité. Et la boucle se conclut par une pirouette où c’est lui, devenu père qui doit se confronter aux questionnements de sa propre fille.

Un one man show résolument décoiffant de la part d’un auteur-comédien des plus talentueux,.

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