Ad Vienne que pourra

téléchargement (2)C’est à un rendez-vous empoisonné que nous assistons dans cette pièce d’Alain Didier Weill « Vienne1913 », la rencontre fantasmatique entre Sigmund Freud, médecin juif inventeur de la psychanalyse moderne et Adolf H, peintre raté qui se traîne dans la capitale autrichienne en compagnie de son seul chien. Lien entre eux, un dandy de bonne famille qui souffre « d’ une phobie des juifs » pour pas dire d’antisémitisme virulent. Tout commence le 20 avril 1909, jour du 20éme anniversaire du futur führer. Sur scène, vêtus de smokings impeccables ou de superbes de robes du soir, les acteurs se démultiplient pour incarner toutes les facettes de la haute société de l’époque. On se croirait écouter un concert au Prater, atmosphère feutrée et convenue entre gens de bonne compagnie qui dissertent avec la nonchalance élégante des nantis, entre frivolité et insouciance. Mais peu à peu la situation va devenir de plus en plus âpre et tendue, où l’ ambiance de plus en plus délétère dissout, au sans chimique du terme, toute la sophistication glacée de l’intelligentsia. La mise en scène fait preuve de beaucoup d’originalité pour rendre cette décomposition en marche, mêlant au drame inéluctable qui sourd, des chanteuse lyriques en contrepoint comme un chœur dans une tragédie antique et même un musicien sur verres de cristal, comme la nuit du même nom bien sur. Entre celui qui éructe et hurle sa rancune, d’ incantations maléfiques sur la  « nécessité de l ’homme nouveau » face à la « décadence » et le praticien débonnaire toujours à tirer sur son cigare, il y a plus que de la haine de classe. C’est le raccourci saisissant de l’Histoire dont on connaît l’épilogue. En 1938 ce sera à quelques mois d’intervalle,  Anschluss revanchard pour l’un, fuite pour trouver refuge à Londres pour l’autre. Entre leçon nuancée d’histoire universelle et intimité de destin, le texte très dense oblige constamment chaque spectateur à se situer au cœur de ce malaise distillé avec une maestria diabolique .

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